Référencement par LOGICIELREFERENCEMENT.COM
Un bébé dort paisiblement dans une couverture.

Les articles 16-7 et 16-9 du code civil français (d’ordre public) interdisent la gestation pour autrui (GPA). Le procédé est donc interdit en France.

Une affaire qui commence en catimini …..

Par le passé, des parents ayant eu recours à la GPA à l’étranger avaient fait transcrire l’acte de naissance de leurs deux filles sur les registres d’Etat civil, par le biais du Consulat général de France de LOS ANGELES (les deux petites filles étaient nées le 14 juillet 2000 à SAN DIEGO).

… Et se poursuit en 18 années de procédures

Mais, au nom de l’interdiction de la GPA, le Procureur de la République de la Cour d’Appel de Paris avait engagé une instance contre ces parents, pour faire annuler ces transcriptions, privant ainsi les deux enfants de leur État civil. La Cour d’Appel de Paris lui avait donné raison le 18 mars 2010.

Au terme d’un long parcours procédural qui les avait tenus en échec en Cassation, les parents ont saisi la Cour Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme.

Le 26 juin 2016, la Cour Européenne a désavoué la Cour de Cassation et a jugé qu’il y avait en violation de l’art.8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales s’agissant du droit des enfants au respect de leur vie privée.

L’affaire avait été renvoyée devant les juridictions françaises qui ne voulaient toujours pas s’incliner et qui avaient encore consulté la Cour Européenne des droits de l’Homme, cette fois par une demande d’avis consultatif. Sans surprise, le 10 avril 2019, la Cour Européenne avait répondu dans le même sens que précédemment.

Entre temps les deux petites filles étaient devenues majeures pendant ce procès qui avait duré plus de 18 ans !

La Cour de cassation, réunie en Assemblée plénière, le 4 octobre 2019, 10-19.053 avait enfin rejeté la demande du Procureur général et validé l’Etat civil de ces deux jeunes filles.

Le principe de la proportionnalité des intérêts à protéger

On retrouve ici le fameux principe de proportionnalité entre plusieurs intérêts à protéger, et l’intérêt de l’enfant doit prévaloir :

« la circonstance que la naissance d’un enfant à l’étranger ait pour origine une convention de gestation pour autrui, prohibée par les articles 16-7 et 16-9 du code civil, ne peut, à elle seule, sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée de l’enfant, faire obstacle à la reconnaissance en France des liens de filiation établis à l’étranger tant à l’égard du parent biologique qu’à l’égard du parent d’intention (Ass. plén., 4 octobre 2019, pourvoi n°10-19.053, publié). »

Les demandes d’exéquatur de jugements étrangers

La question était revenue pour d’autres enfants à travers des demandes d’exéquatur de jugements étrangers. L’exéquatur est la procédure qui confère au jugement étranger sa reconnaissance et sa force exécutoire en France.

C’est encore le Procureur de la République qui s’était opposé à cette reconnaissance. Il avait formé un pourvoi en Cassation contre un arrêt de la Cour d’Appel de Paris qui avait donné force exécutoire à un jugement canadien, et donc reconnu la validité de l’Etat civil d’un enfant né par GPA.

La Cour de Cassation avait donné tort au Procureur le 2 octobre 2024. Elle rappelle que l’interdiction des conventions de gestation pour autrui posée  n’empêche pas en elle‑même l’exequatur d’un jugement étranger établissant la filiation d’un enfant né par GPA (Cour de cassation, 2 octobre 2024, 22‑20.883).

A nouveau la Cour de Cassation, en assemblée plénière, rappelle que l’intérêt supérieur de l’enfant prévaut, et invoque le principe de proportionnalité :

 qu’au regard de l’intérêt supérieur de l’enfant, la circonstance que la naissance d’un enfant à l’étranger ait pour origine une convention de gestation pour autrui, prohibée par les articles 16-7 et 16-9 du code civil, ne peut, à elle seule, sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée de l’enfant, faire obstacle à la reconnaissance en France des liens de filiation établis à l’étranger tant à l’égard du parent biologique qu’à l’égard du parent d’intention (Ass. plén., 4 octobre 2019, pourvoi n°10-19.053, publié).

Cette solution n’est donc pas nouvelle.

Elle vient de nous être rappelée par deux arrêts d’assemblée plénière du 3 juillet 2026 : Cour de Cassation, Pourvoi n° 24-50.028 : Arrêt 691 et  Arrêt 692 .

C’est encore le Procureur général de la Cour d’Appel de Paris qui s’opposait à la reconnaissance d’une décision canadienne reconnaissant la qualité de parents à un couple marié qui avait eu recours à la GPA.

La Cour de Cassation cette fois encore donne tort au Procureur général. Elle rappelle que la reconnaissance de la décision étrangère est le seul moyen de donner un Etat civil à l’enfant né par GPA. Au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant, elle valide l’exéquatur du jugement canadien.

Conclusion : l’interdiction de la GPA est très affaibli

Le principe d’interdiction de la gestation pour autrui en France est désormais très affaibli, dans le souci de faire prévaloir les intérêts supérieurs des enfants qui sont nés par ce procédé.

Les incertitudes subsistent toutefois quant au traitement du parent d’intention dans certaines décisions de première instance, qui continuent à limiter l’exéquatur et la transcription au seul parent biologique, et à écarter le parent « d’intention ». Le forum shopping (course au tribunal le plus favorable) a donc encore de beaux jours devant lui en Droit international.

On rappellera que pour une demande d’exéquatur, lorsque la compétence territoriale du juge de l’exéquatur ne peut être déterminée sur le fondement du domicile du défendeur, le demandeur peut saisir la juridiction du lieu où il demeure ou celle de son choix, à condition que ce choix soit conforme aux exigences d’une bonne administration de la justice (Cour de cassation, civile, Chambre civile 1, 22 octobre 2025, 24-11.609).

Catherine Marie KLINGLER
Avocat au Barreau de Paris

D’autres articles

Incendie Causé par des Mineurs : 14 Ans de Procédure sur la Responsabilité et l’Indemnisation

Un incendie déclenché par des mineurs dans un entrepôt …… La Cour d'appel de Paris a rendu un arrêt le 21 mai 2025 concernant un incendie...

Accident de toboggan aquatique ou terrestre : quelle indemnisation pour les victimes ?

Que ce soit sur des toboggans aquatiques (un jeune homme amputé d’une jambe à la suite d’un accident du 14 juin 2025 , source La Provence)...

Rupture brutale de relation commerciale établie

Lorsqu’une entreprise entretient avec une autre une relation de partenariat (distributeur, fournisseur, par exemple) sans même avoir...

Un accident spectaculaire : le « petit train » d’Ajaccio

En fin de matinée ce 31 juillet 2025, le dernier wagon du petit train touristique d’Ajaccio s’est renversé sur la route des Îles...

Décès tragique d’un bébé prématuré au CHU de Lille

Cet accident particulièrement horrible a fait la une de la presse et des sites internet. Dans un service de néonatalité, une petite fille...

Responsabilité civile des parents : ce que change la loi ATTAL

Les parents sont responsables des dommages provoqués par leurs enfants. Le fondement de cette responsabilité est le fait que les parents...

Comment préparer son dossier avant un rendez-vous avec son avocat

Préparer un dossier avant un rendez-vous avec votre avocat est une étape essentielle qui peut vous faire gagner des mois, et qui va...

L’indemnisation des jeunes victimes d’accidents graves : la perte de leurs revenus futurs

Lorsqu’une jeune victime ressort d’un accident grave avec de telles séquelles qu’elle ne pourra jamais exercer la profession à laquelle...

Vol de véhicule et refus d’indemnisation

Votre véhicule a été volé ? Veillez à bien rédiger votre déclaration de sinistre ! car l’assurance peut refuser de vous indemniser …

Licenciement pour faute grave : une preuve illicite admise

Un enregistrement sonore réalisé par l’employeur à l’insu du salarié est-il une preuve valable pour justifier le licenciement pour faute grave ? La Cour de Cassation répond OUI

Pour recevoir notre newsletter

9 + 5 =

Pour recevoir les actualités juridiques....

Pour recevoir les actualités juridiques....

Inscrivez-vous à notre newsletter !

Vous êtes bien inscrit !