Référencement par LOGICIELREFERENCEMENT.COM

Rupture brutale de relation commerciale établie

Deux routes divergentes symbolisant une rupture de relation commerciale

Lorsqu’une entreprise entretient avec une autre une relation de partenariat (distributeur, fournisseur, par exemple) sans même avoir réellement établi de contrat écrit, et que cette relation dure plusieurs années, il arrive qu’elle prenne fin brutalement pour diverses raisons (un changement de dirigeant, une saute d’humeur, des égos qui se heurtent…. ou l’envie d’aller voir ailleurs). C’est ce qu’on nomme désormais couramment une « rupture brutale de relation commerciale établie ».

Les principes généraux 

Pour le partenaire économique le plus faible, cela peut conduire à un drame, qui peut aller jusqu’à sa faillite, lorsqu’il était en situation de dépendance économique plus ou moins grande, et surtout lorsqu’il ne peut pas trouver de solution de remplacement, à cause de la brutalité avec laquelle cesse la relation commerciale.

Au fil du temps, les tribunaux ont mis en place des principes généraux qui ont construit, principalement depuis les années 1980, une nouvelle branche du Droit, dérivée du Droit des affaires : le « Droit économique » qui comprend plusieurs sous-branches ; parmi celles-ci notamment le Droit de la concurrence.

L’un des objectifs principaux du Droit économique est d’éviter les pratiques de la concurrence déloyale et ceux de l’abus de position dominante, pour préserver l’économie de marché et y maintenir un certain équilibre, une concurrence saine.

Cette branche du Droit est en perpétuelle construction et encore en pleine évolution.

Pour préserver les entreprises les plus faibles qui sont à la merci d’une rupture brutale de relation commerciale avec un partenaire, l’art. L442-1 du code de commerce prévoit que :

« II.-Engage la responsabilité de son auteur et l’oblige à réparer le préjudice causé le fait, par toute personne exerçant des activités de production, de distribution ou de services de rompre brutalement, même partiellement, une relation commerciale établie, en l’absence d’un préavis écrit qui tienne compte notamment de la durée de la relation commerciale, en référence aux usages du commerce ou aux accords interprofessionnels, et, pour la détermination du prix applicable durant sa durée, des conditions économiques du marché sur lequel opèrent les parties.

En cas de litige entre les parties sur la durée du préavis, la responsabilité de l’auteur de la rupture ne peut être engagée du chef d’une durée insuffisante dès lors qu’il a respecté un préavis de dix-huit mois.

Les dispositions du présent II ne font pas obstacle à la faculté de résiliation sans préavis, en cas d’inexécution par l’autre partie de ses obligations ou en cas de force majeure. »

Ce texte consacre une longue jurisprudence. Initialement destiné à protéger une partie « faible » des abus d’une entreprise plus forte, depuis sa rédaction initiale (1er juillet 1996) il n’a cessé de connaitre un énorme succès (environ 300 décisions par an). Sa rédaction très générale appelle des interprétations de plus en plus extensives.

En 2019 le texte a été recadré pour être plus précis, mais la tendance se poursuit.

Notre analyse

Bien que les buts du législateur aient été très louables, on peut parfois se demander si ce texte n’est pas devenu le dernier recours à la mode, pour mettre en difficulté un partenaire, alors même que celui-ci n’était pas forcément le « fort » opposé au « faible ».

En témoigne un jugement (définitif) rendu par le tribunal de commerce de Bordeaux le 4 avril 2025, qui rejette les prétentions de plusieurs sociétés à l’encontre d’une PME qui fabrique des revêtements en « bois de bout« .

Le tribunal a d’abord généreusement retenu l’existence d’une relation commerciale établie, malgré le faible chiffre d’affaires annuel (voir un exemple en sens inverses, Cour d’Appel de PARIS, 23 novembre 2018 N° 15/11380, la Cour avait dit la relation non établie parce que les commandes ne représentaient que 0,4% du chiffre). Et les demanderesses, dans l’affaire de Bordeaux, avaient refusé de communiquer leur chiffre d’affaires global, ce qui n’a pas permis d’établir une proportion.

Elles avaient prétendu avoir bénéficié d’un accord d’exclusivité, qui n’existait finalement pas selon le tribunal.

Elles estimaient ensuite que le fait de les obliger à passer leurs commandes par un distributeur, qui venait s’intercaler entre elles et le fabricant, était une rupture de relations commerciales.

Mais la restructuration du système de distribution ne constitue pas une rupture, ni lorsque cette restructuration intervient chez le vendeur ni lorsqu’elle intervient chez l’acheteur (Cour de Cassation, ch. commerciale, 31 mars 2021, 19-14547 pour des acheteurs qui décident de se regrouper dans une centrale), et dès l’instant qu’elle ne change pas les conditions essentielles (comme ici le prix et les remises importantes consenties aux sociétés demanderesses). Une réorganisation ne modifie pas nécessairement de manière substantielle la relation commerciale et ne constitue donc pas une rupture (Cour de Cassation, Ch. Civile, 20 novembre 2019, 18-11966).

C’est ce qu’a jugé le tribunal et cette décision est définitive.

Pour conclure…

Il est à noter que le texte invoqué était ici totalement hors de sa finalité première, car aucune des parties ne pouvait être considérée comme la partie « faible » ni l’autre comme la partie « forte ». Comme souvent en matière de Droit économique, on peut se demander si certains arguments ne sont pas invoqués parce qu’on ne trouve rien d’autre pour déclencher une procédure contre un partenaire commercial. 

Ce domaine du Droit est en pleine évolution et cherche encore à gagner en précision. C’est en tout cas un matériau relativement nouveau (si on le compare aux autres domaines du Droit), et passionnant à travailler pour les juristes.

Catherine Marie KLINGLER
Avocat au Barreau de Paris

D’autres articles

Incendie Causé par des Mineurs : 14 Ans de Procédure sur la Responsabilité et l’Indemnisation

Un incendie déclenché par des mineurs dans un entrepôt …… La Cour d'appel de Paris a rendu un arrêt le 21 mai 2025 concernant un incendie...

Accident de toboggan aquatique ou terrestre : quelle indemnisation pour les victimes ?

Que ce soit sur des toboggans aquatiques (un jeune homme amputé d’une jambe à la suite d’un accident du 14 juin 2025 , source La Provence)...

Rupture brutale de relation commerciale établie

Lorsqu’une entreprise entretient avec une autre une relation de partenariat (distributeur, fournisseur, par exemple) sans même avoir...

Un accident spectaculaire : le « petit train » d’Ajaccio

En fin de matinée ce 31 juillet 2025, le dernier wagon du petit train touristique d’Ajaccio s’est renversé sur la route des Îles...

Décès tragique d’un bébé prématuré au CHU de Lille

Cet accident particulièrement horrible a fait la une de la presse et des sites internet. Dans un service de néonatalité, une petite fille...

Responsabilité civile des parents : ce que change la loi ATTAL

Les parents sont responsables des dommages provoqués par leurs enfants. Le fondement de cette responsabilité est le fait que les parents...

Comment préparer son dossier avant un rendez-vous avec son avocat

Préparer un dossier avant un rendez-vous avec votre avocat est une étape essentielle qui peut vous faire gagner des mois, et qui va...

L’indemnisation des jeunes victimes d’accidents graves : la perte de leurs revenus futurs

Lorsqu’une jeune victime ressort d’un accident grave avec de telles séquelles qu’elle ne pourra jamais exercer la profession à laquelle...

Vol de véhicule et refus d’indemnisation

Votre véhicule a été volé ? Veillez à bien rédiger votre déclaration de sinistre ! car l’assurance peut refuser de vous indemniser …

Licenciement pour faute grave : une preuve illicite admise

Un enregistrement sonore réalisé par l’employeur à l’insu du salarié est-il une preuve valable pour justifier le licenciement pour faute grave ? La Cour de Cassation répond OUI

Pour recevoir notre newsletter

2 + 6 =

La location financière ou le tonneau des Danaïdes….

Peinture de la scène du Tonneau des Danaïdes

Vous êtes artisan, commerçant, profession libérale, PME et vous avez des besoins en équipements bureautiques, informatiques, télésurveillance, site web.

Un commercial   d’une société vous démarche et vous fait une offre de prix pour la livraison et l’installation du matériel choisi, en faisant valoir qu’eu égard au coût et à la spécificité de l’entretien et de la maintenance des matériels (remplacement des consommables) ainsi que de leur rapide obsolescence, il est préférable de recourir à la location, plutôt qu’à l’achat.

SOYEZ VIGILANTS, s’il vous est proposé de souscrire une location financière.

La location financière

Qu’est-ce que la location financière ?

La location financière est une opération par laquelle une société de financement met en location un bien mobilier (matériel, informatique, copieur, etc) dont elle est devenue propriétaire, à la demande du locataire.

Elle suppose la conclusion de deux contrats.

Il vous est ainsi proposé de signer, avec la société de bureautique, une commande de matériel en location dont le règlement est prévu par une société de financement, accolé à un contrat de service pour la maintenance.

Vous signez un autre contrat avec la société de financement, contrat de location de longue durée sans option d’achat, dans lequel il est précisé que le fournisseur du matériel loué est la société bureautique.

Les conditions financières auxquelles la société de financement est devenue propriétaire du matériel fourni par la société de bureautique vous resteront évidemment inconnues.

Il ne s’agit pas d’une LAO ou leasing, location avec option d’achat qui est très réglementée et ne peut être proposée que par une banque ou un établissement de crédit, mais d’une location financière, très en vogue chez les fournisseurs de matériel, parce que très lucrative.

L’astuce de ces contrats

L’astuce est de faire signer au client un contrat sur 63 mois soit 5 ans plus le délai de préavis de 3 mois, pour éviter la tacite reconduction du contrat, puis de revenir vers le client tous les deux ans avant l’échéance, pour lui renouveler le matériel pour du matériel prétendûment plus performant, dont la location repart alors sur 63 mois.

Sauf que le locataire, sans vraiment s’en rendre compte, va s’éloigner de la réalité des prix pratiqués par la concurrence, car le fournisseur ne va pas manquer d’offrir généreusement un an de location sous forme d’aide au financement avec un chèque ou un rachat des années à échoir auprès de la société de financement.

Il va ainsi, se retrouver quelques années après, avec des mensualités qui ont doublé en cinq ans, pour un matériel dont la valeur est sans commune mesure avec le coût exorbitant de la location.

Un photocopieur professionnel d’une valeur de 5 000€ peut ainsi coûter 20 000€ au bout de 63 mois (soit des mensualités de 317€ avec les frais d’assurance du financement).

il est vrai que la location financière, en assurant le financement intégral du matériel, permet aux professionnels de sauvegarder leur trésorerie et les loyers constituent des charges déductibles à 100%.

Le coût exorbitant

Cependant son coût est nettement supérieur à celui engendré par un prêt bancaire, et du fait des taux d’intérêts bas pratiqués actuellement par les banques, il peut être judicieux et plus économique de comparer avec  le coût d’un prêt bancaire classique sur le matériel, qui restera en outre votre propriété.

En effet dans le cadre de la location financière, vous devrez en fin de contrat, restituer le matériel (qui peut être volumineux) à vos frais, et encore à la condition d’avoir pensé, dans le délai de préavis prévu par le contrat (3 mois en général) à faire échec à la tacite reconduction du contrat.

Beaucoup de professionnels oublient ainsi de mettre un terme aux contrats à l’échéance car ils ne bénéficient pas, en tant que professionnels, de la législation protectrice du Code de la Consommation qui oblige tout professionnel prestataire de service qui a conclu un contrat avec un consommateur ou un non-professionnel, comportant une clause de reconduction tacite, de l’informer par écrit, avant l’arrivée du terme, de la possibilité de ne pas reconduire le contrat.(Art L215-1 Code Consommation).

Surtout, ces contrats : location financière /Prestations de service ont généré un important contentieux sur deux points essentiels :

  • l’indépendance des contrats en cas de résolution/résiliation de l’un des deux
  • le coût exorbitant pour en sortir.

Les décisions de Justice

La Cour de Cassation par deux arrêts du 17 mai 2013 (voir notamment l’Arrêt de la Chambre mixte)  a consacré l’interdépendance des contrats, en dépit des clauses contraires.

Ces décisions (confirmées depuis lors par de nombreuses autres plus récentes) constituent une grande avancée. Désormais la résolution de l’un des contrats entraîne la résolution de l’autre contrat.

Les nouveaux articles 1186 et 1187 du code civil reprennent cette solution.

Pourtant, les sociétés de bureautique et de financement continuent d’insérer dans leurs contrats, des clauses d’indépendance, régulièrement réputées non écrites par les Tribunaux.

Pour sortir du contrat, les sociétés de bureautique vous demandent une indemnité de résiliation égale à la totalité des loyers restant à courir, et une pénalité de 10%.

L’indemnité de résiliation anticipée peut être revue à la baisse, soit en arguant que c’est une clause pénale (que le juge a le pouvoir de réduire – lire l’Arrêt de la Cour de Cassation du 30 novembre 2010 ), soit en utilisant le Droit économique ou les nouvelles dispositions du code civil relatives au « déséquilibre significatif » .

Ces solutions sont déjà consacrées par la Commission d’Examen des Pratiques Commerciales et par les juridictions du fond , comme en témoigne l’Arrêt de la Cour d’Appel de Versailles du 23 juin 2016.

Même si la question reste complexe, il ne faut donc pas hésiter à remettre en cause les contrats de location financière déséquilibrés.

 

P. PIGNOT
Avocat au Barreau de Paris

D’autres articles …

Incendie Causé par des Mineurs : 14 Ans de Procédure sur la Responsabilité et l’Indemnisation

Un incendie déclenché par des mineurs dans un entrepôt …… La Cour d'appel de Paris a rendu un arrêt le 21 mai 2025 concernant un incendie...

Accident de toboggan aquatique ou terrestre : quelle indemnisation pour les victimes ?

Que ce soit sur des toboggans aquatiques (un jeune homme amputé d’une jambe à la suite d’un accident du 14 juin 2025 , source La Provence)...

Rupture brutale de relation commerciale établie

Lorsqu’une entreprise entretient avec une autre une relation de partenariat (distributeur, fournisseur, par exemple) sans même avoir...

Un accident spectaculaire : le « petit train » d’Ajaccio

En fin de matinée ce 31 juillet 2025, le dernier wagon du petit train touristique d’Ajaccio s’est renversé sur la route des Îles...

Décès tragique d’un bébé prématuré au CHU de Lille

Cet accident particulièrement horrible a fait la une de la presse et des sites internet. Dans un service de néonatalité, une petite fille...

Responsabilité civile des parents : ce que change la loi ATTAL

Les parents sont responsables des dommages provoqués par leurs enfants. Le fondement de cette responsabilité est le fait que les parents...

Comment préparer son dossier avant un rendez-vous avec son avocat

Préparer un dossier avant un rendez-vous avec votre avocat est une étape essentielle qui peut vous faire gagner des mois, et qui va...

L’indemnisation des jeunes victimes d’accidents graves : la perte de leurs revenus futurs

Lorsqu’une jeune victime ressort d’un accident grave avec de telles séquelles qu’elle ne pourra jamais exercer la profession à laquelle...

Vol de véhicule et refus d’indemnisation

Votre véhicule a été volé ? Veillez à bien rédiger votre déclaration de sinistre ! car l’assurance peut refuser de vous indemniser …

Licenciement pour faute grave : une preuve illicite admise

Un enregistrement sonore réalisé par l’employeur à l’insu du salarié est-il une preuve valable pour justifier le licenciement pour faute grave ? La Cour de Cassation répond OUI

La location financière ou le tonneau des Danaïdes….

Vous êtes artisan, commerçant, profession libérale, PME et vous avez des besoins en équipements bureautiques, informatiques,...

Le salarié ne commet pas de faute en dénonçant son employeur

Un salarié avait dénoncé au Procureur de la République l’existence d’heures de travail fictives dans l’entreprise. Il avait été licencié...

Le crédit-bail est caduc en cas de résolution de la vente

Par un arrêt rendu en Chambre Mixte le 13 avril 2018, la Cour de Cassation a opéré un revirement de jurisprudence, quant au sort du...

Fin (provisoire ?) du Droit de préemption de la commune

Lorsqu’un immeuble est divisé en lots pour être vendu, le locataire bénéficie d’un "droit de préemption" pour acheter le bien par rapport...

Les médecins libéraux et la fiscalité : Comment tirer parti des changements récents

Jusqu’à l’année 2022 (année de revenus), les médecins non adhérents à une association de gestion agréée (AGA) étaient pénalisés par une...

Une Révolution pour les Victimes d’Accidents du Travail

Les victimes d’accident du travail qui bénéficient d’une rente de la Caisse d’assurance maladie vont enfin pouvoir percevoir leur indemnité au titre du déficit fonctionnel permanent sans que celle-ci soit entamée, voire anéantie, par la Caisse.

Abus d’égalité – Quand un associé « abuse » dans une société à 50/50

Dans une société à 50/50, il suffit qu’un des deux associés égalitaires vote contre une décision, et il y fait échec. Il a ainsi le pouvoir de bloquer toutes les décisions même les plus ordinaires ….. Mais un droit ne devrait jamais dégénérer en abus.

Licenciement, ancienneté et calcul de l’indemnité de licenciement

10 ans de procédure pour faire juger par la Cour d’Appel de Paris qu’une convention collective est contraire à la Directive européenne CE 2000/78 et que ses dispositions sur le calcul de l’indemnité de licenciement devaient donc être écartées ….

Spectacles, festivals et Covid-19 : la question de l’assurance

Le secteur des spectacles et des festivals est (avec celui de la restauration) l’un des secteurs qui ont été frappés le plus durement par le COVID-19. Quid des assurances ?

Spectacle vivant et assurance

A la suite des attentats de novembre 2015, le concert d’un célèbre groupe de rock prévu pour le 15 novembre 2015 au Zenith de Paris a été reporté au 2 février 2016. Finalement il a dû être annulé à cause du décès brutal d’un membre du groupe. Et l’assurance ?

Pour recevoir notre newsletter

2 + 11 =

Le crédit-bail est caduc en cas de résolution de la vente

Les possibilités du crédit-bail : immobilier, voiture etc...

Par un arrêt rendu en Chambre Mixte le 13 avril 2018, la Cour de Cassation a opéré un revirement de jurisprudence, quant au sort du crédit-bail mobilier de biens d’équipements ou de matériels d’outillages, en cas de résolution de la vente.

Jusqu’alors, le crédit-bailleur pouvait se prévaloir des clauses du crédit-bail réglant les conséquences de la résiliation. Il pouvait par exemple avoir droit  à tous les loyers prévus, jusqu’à la fin de la période irrévocable de location.

C’est cette jurisprudence que la Chambre Mixte vient de modifier expressément dans son arrêt.

L’évolution du Cadre légal

Rappel du cadre légal

Les biens qui font l’objet du crédit-bail doivent être achetés par l’entreprise qui les donne en location (Code monétaire et financier art L313-7 ). Le crédit-bailleur doit procurer au crédit-preneur la jouissance du bien loué.

Le  crédit-bail est résilié, sauf cause de nullité l’affectant directement (Cour de Cassation Arrêt du 30/11/2010 ), si la vente est résolue, à l’initiative du crédit-preneur.

En conséquence, jusqu’alors, le crédit-bailleur pouvait se prévaloir des clauses du crédit-bail  réglant les conséquences de la résiliation (Cour de Cassation, Chambre mixte 23/11/1990  trois arrêts :RJDA 2/91n°138). Il pouvait par exemple avoir droit  – à tous les loyers prévus, jusqu’à la fin de la période irrévocable de location, sous-déduction des sommes qu’il pourrait recevoir au titre de la résolution (Cass Com 21/12/1995 publié à la RJDA 7/95n°869).

La Cour de Cassation modifie la Jurisprudence

C’est cette jurisprudence que la Chambre Mixte vient de modifier expressément dans son arrêt du 13 avril 2018.

Désormais la Cour de Cassation décide que la résolution du contrat de vente entraîne, par voie de conséquence, la caducité, à la date d’effet de la résolution, du contrat de crédit-bail et que sont inapplicables les clauses prévues en cas de résiliation du contrat.

Dans l’espèce jugée par la Chambre Mixte , cela a permis au crédit-preneur qui devait restituer le véhicule objet du crédit-bail, à la banque, de se voir restituer les loyers perçus en exécution du contrat de crédit-bail.

Ce faisant la Cour de Cassation applique au crédit-bail, la solution déjà retenue en matière de location financière  depuis les arrêts rendus en Chambre mixte les 17 mai 2013  (pourvois n°11-22.768 et n°11-22.927) ayant retenu l’interdépendance des contrats successifs ou concomitants, de sorte que l’anéantissement de l’un entraînait la caducité des autres.

La logique des réformes

Cette jurisprudence s’inscrit dans la logique de la réforme du droit des contrats, les nouveaux articles 1186 et 1187  du Code Civil  applicables aux contrats conclus à compter du 1er octobre 2016 disposent en effet :

Article 1186 

Modifié par Ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016 – art. 2

Un contrat valablement formé devient caduc si l’un de ses éléments essentiels disparaît.

Lorsque l’exécution de plusieurs contrats est nécessaire à la réalisation d’une même opération et que l’un d’eux disparaît, sont caducs les contrats dont l’exécution est rendue impossible par cette disparition et ceux pour lesquels l’exécution du contrat disparu était une condition déterminante du consentement d’une partie.

La caducité n’intervient toutefois que si le contractant contre lequel elle est invoquée connaissait l’existence de l’opération d’ensemble lorsqu’il a donné son consentement.

Article 1187 

Modifié par Ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016 – art. 2

La caducité met fin au contrat.

Elle peut donner lieu à restitution dans les conditions prévues aux articles 1352 à 1352-9.

Ce revirement de jurisprudence va donc dans le sens de la Loi, qui protège les entreprises ayant recours au crédit-bail pour leurs équipements mobiliers.

AVOCATS LEKTOS

D’autres articles

Incendie Causé par des Mineurs : 14 Ans de Procédure sur la Responsabilité et l’Indemnisation

Un incendie déclenché par des mineurs dans un entrepôt …… La Cour d'appel de Paris a rendu un arrêt le 21 mai 2025 concernant un incendie...

Accident de toboggan aquatique ou terrestre : quelle indemnisation pour les victimes ?

Que ce soit sur des toboggans aquatiques (un jeune homme amputé d’une jambe à la suite d’un accident du 14 juin 2025 , source La Provence)...

Rupture brutale de relation commerciale établie

Lorsqu’une entreprise entretient avec une autre une relation de partenariat (distributeur, fournisseur, par exemple) sans même avoir...

Un accident spectaculaire : le « petit train » d’Ajaccio

En fin de matinée ce 31 juillet 2025, le dernier wagon du petit train touristique d’Ajaccio s’est renversé sur la route des Îles...

Décès tragique d’un bébé prématuré au CHU de Lille

Cet accident particulièrement horrible a fait la une de la presse et des sites internet. Dans un service de néonatalité, une petite fille...

Responsabilité civile des parents : ce que change la loi ATTAL

Les parents sont responsables des dommages provoqués par leurs enfants. Le fondement de cette responsabilité est le fait que les parents...

Comment préparer son dossier avant un rendez-vous avec son avocat

Préparer un dossier avant un rendez-vous avec votre avocat est une étape essentielle qui peut vous faire gagner des mois, et qui va...

L’indemnisation des jeunes victimes d’accidents graves : la perte de leurs revenus futurs

Lorsqu’une jeune victime ressort d’un accident grave avec de telles séquelles qu’elle ne pourra jamais exercer la profession à laquelle...

Vol de véhicule et refus d’indemnisation

Votre véhicule a été volé ? Veillez à bien rédiger votre déclaration de sinistre ! car l’assurance peut refuser de vous indemniser …

Licenciement pour faute grave : une preuve illicite admise

Un enregistrement sonore réalisé par l’employeur à l’insu du salarié est-il une preuve valable pour justifier le licenciement pour faute grave ? La Cour de Cassation répond OUI

La location financière ou le tonneau des Danaïdes….

Vous êtes artisan, commerçant, profession libérale, PME et vous avez des besoins en équipements bureautiques, informatiques,...

Le salarié ne commet pas de faute en dénonçant son employeur

Un salarié avait dénoncé au Procureur de la République l’existence d’heures de travail fictives dans l’entreprise. Il avait été licencié...

Le crédit-bail est caduc en cas de résolution de la vente

Par un arrêt rendu en Chambre Mixte le 13 avril 2018, la Cour de Cassation a opéré un revirement de jurisprudence, quant au sort du...

Fin (provisoire ?) du Droit de préemption de la commune

Lorsqu’un immeuble est divisé en lots pour être vendu, le locataire bénéficie d’un "droit de préemption" pour acheter le bien par rapport...

Les médecins libéraux et la fiscalité : Comment tirer parti des changements récents

Jusqu’à l’année 2022 (année de revenus), les médecins non adhérents à une association de gestion agréée (AGA) étaient pénalisés par une...

Une Révolution pour les Victimes d’Accidents du Travail

Les victimes d’accident du travail qui bénéficient d’une rente de la Caisse d’assurance maladie vont enfin pouvoir percevoir leur indemnité au titre du déficit fonctionnel permanent sans que celle-ci soit entamée, voire anéantie, par la Caisse.

Abus d’égalité – Quand un associé « abuse » dans une société à 50/50

Dans une société à 50/50, il suffit qu’un des deux associés égalitaires vote contre une décision, et il y fait échec. Il a ainsi le pouvoir de bloquer toutes les décisions même les plus ordinaires ….. Mais un droit ne devrait jamais dégénérer en abus.

Licenciement, ancienneté et calcul de l’indemnité de licenciement

10 ans de procédure pour faire juger par la Cour d’Appel de Paris qu’une convention collective est contraire à la Directive européenne CE 2000/78 et que ses dispositions sur le calcul de l’indemnité de licenciement devaient donc être écartées ….

Spectacles, festivals et Covid-19 : la question de l’assurance

Le secteur des spectacles et des festivals est (avec celui de la restauration) l’un des secteurs qui ont été frappés le plus durement par le COVID-19. Quid des assurances ?

Spectacle vivant et assurance

A la suite des attentats de novembre 2015, le concert d’un célèbre groupe de rock prévu pour le 15 novembre 2015 au Zenith de Paris a été reporté au 2 février 2016. Finalement il a dû être annulé à cause du décès brutal d’un membre du groupe. Et l’assurance ?

Pour recevoir notre newsletter

10 + 10 =

Abus d’égalité – Quand un associé « abuse » dans une société à 50/50

Deux hommes associés à égalité se confrontent. L'un pointe un index menaçant vers l'autre. La discussion semble tendue.

Dans une société à 50/50, il suffit qu’un des deux associés égalitaires vote contre une décision, et il y fait échec. Il a ainsi le pouvoir de bloquer toutes les décisions même les plus ordinaires ….. 

C’est son droit, et il est même possible que les statuts prévoient que toute décision doit être prise à l’unanimité …..

Mais un droit ne doit jamais dégénérer en abus.

L’affaire

Quand un associé égalitaire prend une décision contraire à l’intérêt de la société, et qu’il cherche uniquement à favoriser ses propres intérêts, ou alors ceux d’une autre société dans laquelle il a des participations, on est dans un cas typique d’abus d’égalité.

Il est alors possible de faire désigner un mandataire ad hoc pour débloquer la situation, et de demander des dommages et intérêts à celui qui bloque la situation.

La Cour d’Appel de Chambéry a jugé le cas d’un associé égalitaire qui a refusé de voter la signature d’un contrat très important pour la société. Il a donc fait perdre ce contrat à la société dans laquelle il avait 50% des votes.

Par la suite, comme par hasard, la société qui a remporté ce même contrat était une société dans laquelle l’associé récalcitrant avait des participations.

La Cour d’Appel de CHAMBERY a estimé que les associés 50/50 avaient signé des statuts dans lesquels l’unanimité était nécessaire pour toute décision. Dès lors la Cour d’appel estimait que tout associé était en droit de bloquer les décisions puisque cela était prévu dans les statuts, et donc accepté d’avance.

Résultat final

La Cour de cassation n’est pas de cet avis. Elle casse l’arrêt de la Cour d’appel de Chambéry. Elle estime que « constitue un abus d’égalité le fait, pour un associé à parts égales, d’empêcher, par son vote négatif, une opération essentielle pour la société, dans l’unique dessein de favoriser ses propres intérêts au détriment de l’autre associé ».

 Arrêt de la Cour de Cassation, 21 juin 2023.

Catherine Marie KLINGLER
Avocat au Barreau de Paris

D’autres articles

Un incendie d'entrepôt déclenché par des mineurs

Incendie Causé par des Mineurs : 14 Ans de Procédure sur la Responsabilité et l’Indemnisation

Un incendie déclenché par des mineurs dans un entrepôt …… La Cour d'appel de Paris a rendu un arrêt le 21 mai 2025 concernant un incendie...
Un gigantesque toboggan aquatique entouré d'une forêt d'arbres

Accident de toboggan aquatique ou terrestre : quelle indemnisation pour les victimes ?

Que ce soit sur des toboggans aquatiques (un jeune homme amputé d’une jambe à la suite d’un accident du 14 juin 2025 , source La Provence)...
Deux routes divergentes symbolisant une rupture de relation commerciale

Rupture brutale de relation commerciale établie

Lorsqu’une entreprise entretient avec une autre une relation de partenariat (distributeur, fournisseur, par exemple) sans même avoir...
Le petit train touristique d'Ajaccio

Un accident spectaculaire : le « petit train » d’Ajaccio

En fin de matinée ce 31 juillet 2025, le dernier wagon du petit train touristique d’Ajaccio s’est renversé sur la route des Îles...
Hôpital de Lille, Jeanne de Flandre

Décès tragique d’un bébé prématuré au CHU de Lille

Cet accident particulièrement horrible a fait la une de la presse et des sites internet. Dans un service de néonatalité, une petite fille...
Des parents encadrant leurs enfants illustrant la responsabilité parentale

Responsabilité civile des parents : ce que change la loi ATTAL

Les parents sont responsables des dommages provoqués par leurs enfants. Le fondement de cette responsabilité est le fait que les parents...
Un avocat reçoit le dossier d'un client

Comment préparer son dossier avant un rendez-vous avec son avocat

Préparer un dossier avant un rendez-vous avec votre avocat est une étape essentielle qui peut vous faire gagner des mois, et qui va...
un nounours d'enfant cassé. Des touffes de coton s'échappent du nounours.

L’indemnisation des jeunes victimes d’accidents graves : la perte de leurs revenus futurs

Lorsqu’une jeune victime ressort d’un accident grave avec de telles séquelles qu’elle ne pourra jamais exercer la profession à laquelle...
une main couverte d'un gant noir essaie de voler une voiture rouge

Vol de véhicule et refus d’indemnisation

Votre véhicule a été volé ? Veillez à bien rédiger votre déclaration de sinistre ! car l’assurance peut refuser de vous indemniser …

une photo avec une infrastructure en forme d'oeil symbolisant la surveillance

Licenciement pour faute grave : une preuve illicite admise

Un enregistrement sonore réalisé par l’employeur à l’insu du salarié est-il une preuve valable pour justifier le licenciement pour faute grave ? La Cour de Cassation répond OUI

Peinture de la scène du Tonneau des Danaïdes

La location financière ou le tonneau des Danaïdes….

Vous êtes artisan, commerçant, profession libérale, PME et vous avez des besoins en équipements bureautiques, informatiques,...
un salarié dénonce son employeur et brandit l'affiche "Inspecteur du travail"

Le salarié ne commet pas de faute en dénonçant son employeur

Un salarié avait dénoncé au Procureur de la République l’existence d’heures de travail fictives dans l’entreprise. Il avait été licencié...
Les possibilités du crédit-bail : immobilier, voiture etc...

Le crédit-bail est caduc en cas de résolution de la vente

Par un arrêt rendu en Chambre Mixte le 13 avril 2018, la Cour de Cassation a opéré un revirement de jurisprudence, quant au sort du...
une main prend un immeuble pour indiquer la préemption

Fin (provisoire ?) du Droit de préemption de la commune

Lorsqu’un immeuble est divisé en lots pour être vendu, le locataire bénéficie d’un "droit de préemption" pour acheter le bien par rapport...
médecin libéral en blouse blanche

Les médecins libéraux et la fiscalité : Comment tirer parti des changements récents

Jusqu’à l’année 2022 (année de revenus), les médecins non adhérents à une association de gestion agréée (AGA) étaient pénalisés par une...
Un ouvrier victime d'un accident du travail, au sol, avec deux autres ouvriers qui lui donnent les premiers secours.

Une Révolution pour les Victimes d’Accidents du Travail

Les victimes d’accident du travail qui bénéficient d’une rente de la Caisse d’assurance maladie vont enfin pouvoir percevoir leur indemnité au titre du déficit fonctionnel permanent sans que celle-ci soit entamée, voire anéantie, par la Caisse.

Deux hommes associés à égalité se confrontent. L'un pointe un index menaçant vers l'autre. La discussion semble tendue.

Abus d’égalité – Quand un associé « abuse » dans une société à 50/50

Dans une société à 50/50, il suffit qu’un des deux associés égalitaires vote contre une décision, et il y fait échec. Il a ainsi le pouvoir de bloquer toutes les décisions même les plus ordinaires ….. Mais un droit ne devrait jamais dégénérer en abus.

Illustration au second degré : une statue de Bouddha pour symboliser la patience (une procédure de 10 ans), sur un ciel nuageux pour symboliser le côté ambivalent des décisions de justice, et la déception parfois, même si on reste zen !

Licenciement, ancienneté et calcul de l’indemnité de licenciement

10 ans de procédure pour faire juger par la Cour d’Appel de Paris qu’une convention collective est contraire à la Directive européenne CE 2000/78 et que ses dispositions sur le calcul de l’indemnité de licenciement devaient donc être écartées ….

Spectacles, festivals et Covid-19 : la question de l’assurance

Le secteur des spectacles et des festivals est (avec celui de la restauration) l’un des secteurs qui ont été frappés le plus durement par le COVID-19. Quid des assurances ?

Affiche du groupe MOTÖRHEAD au Zenith de paris le 15 novembre 2015

Spectacle vivant et assurance

A la suite des attentats de novembre 2015, le concert d’un célèbre groupe de rock prévu pour le 15 novembre 2015 au Zenith de Paris a été reporté au 2 février 2016. Finalement il a dû être annulé à cause du décès brutal d’un membre du groupe. Et l’assurance ?

Pour recevoir notre newsletter

12 + 14 =