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Incendie Causé par des Mineurs : 14 Ans de Procédure sur la Responsabilité et l’Indemnisation

Un incendie d'entrepôt déclenché  par des mineurs

Un incendie déclenché par des mineurs dans un entrepôt …… La Cour d’appel de Paris a rendu un arrêt le 21 mai 2025 concernant un incendie survenu en 2011, causé par deux mineurs.  14 ans de procédure.  Cette affaire était un modèle du genre.

Le préjudice était très important. 3.700.000€ pour la société commerciale locataire. 2.707.337€ pour la propriétaire rien que pour le dommage matériel.

Les Faits à l’Origine du Sinistre

Un jeu dangereux de mineurs dans un entrepôt désaffecté

Les mineurs avaient joué à allumer des cigarettes avec un briquet, dans un entrepôt désaffecté en pleine campagne. Ils avaient déclenché un premier petit incendie, mais ils étaient revenus quelques temps plus tard et avaient recommencé. Cette fois l’entrepôt avait brûlé. Les dégâts étaient énormes puisqu’il fallait reconstruire.

Des dégâts matériels considérables et un long contentieux pénal

Ils avaient été poursuivis devant le tribunal pour enfants ce qui a considérablement retardé la liquidation du préjudice car l’affaire s’est perdue dans des méandres…
La société locataire était partie civile et les auteurs de l’incendie avaient essayé, devant la juridiction pénale, de faire diminuer son indemnisation au motif qu’elle n’aurait pas bien protégé les lieux. Il a fallu que l’affaire pénale aille en appel pour que cette prétention soit écartée.

Notons que les incendies déclenchés par des mineurs sont parmi les litiges les plus fréquents en matière d’incendie.

Le Tournant Civil de la Procédure et les Parties Impliquées

La question centrale : l’indemnisation du propriétaire et la répartition des responsabilités

L’affaire s’est ensuite poursuivie sur le plan civil afin, cette fois, de faire indemniser également le propriétaire des lieux. Si les responsabilités ne faisaient pas grand doute (celles, en tout cas, des mineurs et donc de leurs parents), il s’ajoutait la question de la responsabilité du locataire de l’entrepôt (pourtant déjà jugée au pénal comme étant nulle), celle du propriétaire, et bien sûr toutes les questions relatives à l’analyse de tous les contrats d’assurance.

Un maquis d’assureurs et de parties civiles

Etaient en présence dans ce dossier :

    • Les parents des deux mineurs, divorcés, tous les deux avec leurs assurances, (et un parent est décédé pendant la procédure qui a duré 11 ans…)
    • Le propriétaire de l’entrepôt détruit, victime de l’incendie
    • Son assurance
    • Le locataire de l’entrepôt
    • Son assurance

La question principale était de déterminer les responsabilités respectives des parties impliquées, mais surtout la prise en charge par les assurances.

La société propriétaire de l’entrepôt n’avait pas été suffisamment indemnisée par son assurance pour procéder à la reconstruction, elle a donc assigné sa propre assurance, mais aussi les responsables et leurs assurances ainsi que sa propre locataire et son assurance.

L’Analyse de la Cour d’Appel : Les Principes Juridiques en Action

L’absence de faute du propriétaire : la rupture du lien de causalité

Le tribunal judiciaire, en première instance, avait retenu une responsabilité partielle de la société propriétaire au motif que les locaux n’auraient pas été bien protégés ni entretenus. Elle avait réduit son droit à indemnisation de 25%.

La Cour d’appel a infirmé cette décision, elle a jugé que le propriétaire de l’entrepôt n’avait pas contribué à son propre dommage.

L’absence d’entretien ne pouvait pas venir diminuer l’indemnisation du propriétaire car ce n’était pas cette absence d’entretien qui était à l’origine de l’incendie. Il n’y a pas de lien de causalité entre ces deux faits.

Le propriétaire devait donc être indemnisé à 100%.

La responsabilité du locataire : la présomption de responsabilité et l’absence de force majeure

Le locataire, de son côté, est en principe présumé responsable de l’incendie, de par la loi. Il ne peut écarter cette présomption qu’en cas de force majeure ou cas fortuit assimilé à la force majeure.

La Cour a jugé que la pénétration des mineurs dans un entrepôt abandonné n’était pas un cas de force majeure.  Le locataire était donc responsable.

La répartition de la responsabilité entre les parents et le locataire

Restait à répartir la responsabilité entre les parents des incendiaires et le locataire. Tous ces acteurs sont responsables sur le fondement d’une responsabilité objective, sans qu’il y ait à démontrer une faute. Le tribunal a pourtant retenu ¼ pour le locataire et ¾ au total pour les parents des incendiaires.

La Cour a condamné le locataire à indemniser le propriétaire à concurrence de 25% du préjudice tandis que les parents des mineurs sont tenus à 37,5% pour chacun des mineurs soit 75% au total.

Une Solution Juridique Originale et ses Implications

La prise en compte des fautes des mineurs pour condamner leurs parents

Une solution originale puisque le tribunal se fonde sur les fautes des mineurs alors que ce sont les parents qui sont condamnés.

Or on sait depuis longtemps que la responsabilité des parents ne repose pas sur une faute. Ils sont responsables de plein droit. (Voir l’article sur la responsabilité civile des parents et ce que change la loi ATTAL)

Ainsi tous ces responsables étaient responsables sur le fondement d’une responsabilité objective (car les parents ne sont pas fautifs, seuls les enfants le sont). Dès lors il n’y avait pas réellement de raison de condamner davantage les parents que le locataire.

En présence de plusieurs responsables, théoriquement c’est le plus fautif qui paie le plus cher. Et s’il n’y a que des responsables objectifs, ils partagent à parts égales.

Mais la Cour a tenu compte semble-t-il des fautes des mineurs et elle a même poussé le détail à répartir les responsabilités entre les parents de chacun des mineurs (à 50/50).

L’analyse des contrats d’assurance : la clé de l’indemnisation effective

La Cour a eu le mérite de régler une affaire qui durait depuis 11 ans et de rédiger une décision de 44 pages particulièrement complexe, puisqu’elle a dû aussi s’occuper d’analyser tous les contrats d’assurances, celui du propriétaire, celui du locataire, et ceux de chacun des parents.

Les Enseignements et Conséquences de l’Arrêt

Le fléau des incendies criminels commis par des mineurs

Cette affaire illustre aussi un phénomène de société particulièrement regrettable : les incendies déclenchés par les mineurs (mise à feu de voitures dans des parkings, séances de fumage de cigarettes dans des entrepôts, mise à feu de poubelles pour se distraire) sont un fléau non seulement pour les victimes mais aussi pour les parents.

Le risque du découvert de garantie pour les parents

On relèvera que l’affaire portait sur plusieurs millions d’Euros et que certains parents se sont assurés avec des plafonds de garantie de l’ordre de seulement quelques centaines de milliers d’Euros. Or à l’égard de la victime, ils sont tous condamnés in solidum…. Théoriquement chacun peut être poursuivi pour le tout. Certains parents subissent ainsi ce qu’on appelle un découvert de garantie (ils ne sont pas couverts pour un certain montant de la condamnation) de plusieurs millions d’Euros. Ils ne pourront jamais acquitter cette dette.

L’exécution de la décision : des recours théoriques mais peu exercés

Théoriquement les assurances qui ont pris en charge le préjudice pourraient exercer un recours contre les responsables, pour leur part, mais comme la vie des débiteurs ne suffirait pas à payer, jusqu’à présent on observe que souvent ces recours ne sont pas exercés.  Pour le moment.

Conclusion : Un Arrêt de Référence pour les Litiges Complexes d’Assurance

Cette affaire démontre la complexité des procédures longues impliquant des mineurs et multiples parties. Elle souligne l’importance cruciale d’une couverture d’assurance adaptée pour les parents et la rigueur requise dans l’analyse des contrats d’assurance pour parvenir à une indemnisation équitable, malgré les limites pratiques de l’exécution des décisions de justice.

Catherine Marie KLINGLER
Avocat au Barreau de Paris

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Accident de toboggan aquatique ou terrestre : quelle indemnisation pour les victimes ?

Un gigantesque toboggan aquatique entouré d'une forêt d'arbres

Que ce soit sur des toboggans aquatiques (un jeune homme amputé d’une jambe à la suite d’un accident du 14 juin 2025 , source La Provence) ou sur la terre ferme (en juillet 2025, décès d’une petite fille après un accident dans la fête foraine de Tournefeuille près de Toulouse, source Ouest France) ,  les toboggans de parcs d’attraction ou de parcs aquatiques sont source d’accidents multiples.

Les mesures de sécurité 

Même si dans la plupart des cas il n’y a pas de danger, parce que les matériels font l’objet d’inspections régulières, on déplore tout de même régulièrement des accidents de toboggans dans les fêtes foraines ou les parcs aquatiques.  Ces derniers sont particulièrement nombreux (plusieurs décisions de justice par an).

Certains accidents de toboggan sont de simples collisions entre les usagers (qui peuvent créer des fractures) , D’autres sont très graves, comme les deux qui viennent d’être rappelés et qui sont tout récents.

Dans le cas du toboggan aquatique qui a donné lieu à l’accident du 14 juin 2025, le toboggan présentait manifestement un défaut.

Dans le cas de la fête foraine de Tournefeuille près de Toulouse, il s’agissait d’un toboggan sur la terre ferme. Mais la barrière n’avait pas encore été enlevée par l’exploitant qui s’apprêtait à le faire. L’enfant s’est engagée sur le toboggan entre les genoux d’un de ses oncles, un adolescent : elle a été blessée par la barrière du toboggan et n’a malheureusement pas survécu. Faut-il comprendre que l’accès au toboggan était possible alors qu’une barrière était en place uniquement en bas ? N’existait-il aucune signalisation pour empêcher cet accès ?

Que faire en cas d’accident ?

Quelque soit le lieu de l’accident, il est extrêmement important de relever dès le départ toutes les preuves possibles (témoignage, constat par la police appelée sur les lieux, constat par un commissaire de Justice) à la fois concernant les faits, mais aussi concernant les installations, pour que celles-ci ne soient pas aussitôt modifiées alors qu’elles étaient défectueuses ou dangereuses au moment de l’accident. C’est pour cette raison qu’il est important de consulter immédiatement un avocat aguerri à ce genre de procédure, dès la survenance de l’accident.

Comme on l’a vu lors des accidents récents, un volet pénal s’ouvre souvent dans les jours suivants puisque le Parquet décide parfois de poursuivre pour « homicide involontaire » ou « blessures involontaires ».  Cela devrait alors permettre des constatations de police, dont il faut espérer qu’elles soient rapides. Et dans ce cas c’est le Parquet qui vient en aide aux victimes s’il arrive à faire les constatations utiles, en dépit de la surcharge de travail qui est actuellement celle des tribunaux.

Si l’on revient sur le terrain de la responsabilité civile, ces accidents mettent en jeu une responsabilité contractuelle qui pourrait immédiatement être actionnée. L’acheteur d’un ticket qui lui donne un droit d’accès à un manège ou à un parc aquatique est un client, le ticket matérialise son contrat.

Des cas complexes

L’exploitant du toboggan doit la sécurité à son client. On sait depuis longtemps qu’il est tenu d’une « obligation de sécurité ». Reste à savoir quelle en est la nature.

Est-ce une obligation de moyens (ce qui signifie qu’il doit faire son possible pour assurer la sécurité) ou une obligation de résultat (qui signifie que la sécurité doit être assurée, sauf cas de force majeure) ?

Dans le premier cas, la victime devra montrer une faute de l’exploitant. Et c’est cette faute qui est aussi nécessaire pour que les poursuites pénales prospèrent. Dans ce cas, il est certain que la décision du Parquet de poursuivre au pénal vient en aide aux victimes.

Dans le deuxième cas, la responsabilité de l’exploitant du toboggan est engagée, sans qu’il soit nécessaire de démontrer une faute de sa part. Sa responsabilité est présumée.  Ainsi le volet pénal de l’affaire  (qui suppose la démonstration d’une faute) ne va-t-il plus nécessairement être le moteur de l’indemnisation.

Aux obligations « de moyens » et « de résultat » se sont ajoutées au fil du temps toute une palette possible, et notamment l’«obligation  de moyens renforcée ».

La responsabilité des exploitants de manèges et d’attractions n’est pas toujours jugée de manière égale : obligation de résultat ou de moyens ? tout dépend de la liberté de manœuvre dont dispose l’utilisateur de l’attraction, de la configuration des lieux, des mesures mises en place,  et donc des circonstances de fait.

Ce sont donc des cas complexes.

Dans le cas d’un toboggan aquatique, l’utilisateur, une fois engagé, ne peut rien faire à part glisser…Donc, pendant la descente, il lui est dû une obligation de résultat de sécurité (Cour de Cassation, Chambre civile 1, du 28 octobre 1991, 90-14.713, qui casse un arrêt de la Cour d’Appel d’AIX EN PROVENCE).

La plupart du temps l’exploitant sera donc  reconnu responsable (Cour de Cassation, ch. civile 1,  11 mai 2022 n°20-22849) et pour des bateaux glissant sur des toboggans (voir  la décision de la Cour d’Appel de Rouen, 12 juin 2024, RG n°23/01341) . L’exploitant, ou plutôt son assurance, devra indemniser la victime.

Mais c’est à condition que l’utilisateur, adulte, adopte des comportements conformes aux consignes, sinon il n’obtiendra pas d’indemnisation (Paris, 5ème chambre 1, 22 septembre 2015, n°13/16472 pour un usager qui a voulu descendre debout). Et c’est là que la preuve des circonstances de l’accident prend toute son importance.

On notera aussi avec une certaine inquiétude  que le fait d’adopter la position requise par l’exploitant n’évite pas tout accident. Ainsi, pour un toboggan aquatique où il était préconisé de descendre à plat ventre en poussant une planche ( !) , un usager s’est-il retrouvé tétraplégique  (Cour de Cassation, ch. Civile 1, 9 janvier 2019, 17-19433, accident du 18 août 2007)… Une fois engagé, il ne pouvait plus changer de position (« il est obligé de suivre jusqu’au bout pour arriver dans l’eau, ….et que la vitesse étant déterminée par la pente et le glissement sur l’eau, la marge de manoeuvre pour l’usager est minime ; ….le dommage résulte du choc avec la surface de l’eau après une descente de 110 mètres à l’arrivée combinée avec une vitesse de 20 à 22 km/h, alors que l’usager était en hyperextension cervicale…). Il a été jugé que l’exploitant du toboggan était tenu d’une obligation de sécurité de résultat . Et la Cour rappelle que l’exploitant n’a pas non plus respecté les préconisations du fabricant.

Et malgré ce précédent, un autre accident identique ou presque s’est produit en 2019 (source Ouest France ).

Qu’en est-il dans le cas d’un toboggan de parc d’attraction (non aquatique) ? Tout comme dans l’eau, l’utilisateur, une fois engagé, ne peut, lui non plus, faire autre chose que glisser. On est donc dans la même situation que dans un parc aquatique. L’usager n’a plus de marge de manœuvre sur le toboggan et un accident qui survient pendant la descente devrait être indemnisé (Tribunal Judiciaire de Nantes, 4e chambre, 22 juillet 2025, n° 23/04881).

Cependant les responsabilités sont moins évidentes car les installations sont beaucoup moins standard. Elles peuvent être dotées de systèmes de sécurité particuliers. Certains toboggans de foire sont dotés d’un feu de signalisation qu’il faut respecter. Dans ce cas, l’usager qui est passé au « feu rouge » risque de ne pas être indemnisé (Colmar, 7 décembre 2007, n° 04/03116).

Dans le cas de Toulouse, les faits relatés par la presse, comme souvent, ne sont pas suffisamment précis.

Pour conclure ….

On ne répètera donc jamais assez que les circonstances de fait sont extrêmement importantes pour pouvoir indemniser les victimes. Il importe de savoir notamment s’il était possible d’accéder au toboggan, si aucune interdiction n’était matérialisée. L’intervention d’un professionnel de la responsabilité est donc indispensable, dès les premiers jours, car même si cela ne soulagera jamais les souffrances des victimes, il importe d’obtenir à tout le moins une « juste » indemnisation de leur dommage.

Catherine Marie KLINGLER
Avocat au Barreau de Paris

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L’indemnisation des jeunes victimes d’accidents graves : la perte de leurs revenus futurs

un nounours d'enfant cassé. Des touffes de coton s'échappent du nounours.

Lorsqu’une jeune victime ressort d’un accident grave avec de telles séquelles qu’elle ne pourra jamais exercer la profession à laquelle elle se destinait, ou encore une profession dont elle ne rêvait pas encore mais qu’elle aurait pu exercer à l’âge adulte, il en résulte un préjudice très important.

Pour ces victimes, c’est non seulement un avenir profondément modifié, le deuil de leurs rêves et de ceux de leurs parents, mais aussi la perte d’une vie entière de revenus. A cause d’un handicap qui les empêche de travailler comme ils l’auraient pu, si un accident n’avait pas brisé leur vie en l’espace d’un instant, ils vont devoir vivre avec des revenus qui n’auront rien de commun avec ce qu’ils (et leur famille) imaginaient.

La réalité des faits

Selon l’« observatoire des inégalités » , entre 15 et 59 ans, une personne handicapée sur quatre (25,5 %) vit sous le seuil de pauvreté contre 14,4 % des valides.

« Les personnes qui souffrent d’un handicap dès leur jeunesse, ou au cours de leur carrière professionnelle, subissent des conséquences économiques plus graves que ceux qui rencontrent des limitations en raison du vieillissement : les handicapés d’âge actif connaissent des difficultés d’intégration dans le monde du travail en raison de leurs déficiences physiques ou mentales, mais aussi de leur parcours scolaire rendu plus difficile. Seules 17 % des personnes handicapées d’âge actif ont un diplôme supérieur au baccalauréat en 2018 (contre 34 % de l’ensemble de la population du même âge) et 41 % travaillent, contre 66 % de l’ensemble des adultes d’âge actif. Lorsqu’elles travaillent, les personnes handicapées sont plus souvent ouvrières et à temps partiel ».

Un autre article de l’Observatoire des inégalités insiste sur le fait que le handicap expose à la pauvreté et aux bas niveaux de vie.

des handicapés en fauteuil roulant dans un club de sport

Cette statistique ne tient pas compte non plus de toutes les dépenses supplémentaires auxquelles font face les personnes gravement accidentées.

Les progrès en matière d’indemnisation font que certaines de ces dépenses sont compensées par des indemnités (logement aménagé, matériels spécialisés, aide humaine) et les assurances (hélas pas toutes) ont fait de grand progrès dans ce domaine, mettant en œuvre des techniques fines d’évaluation, fondées sur des exemples très concrets de dépenses.

Malgré tout, rien ne viendra compenser avec exactitude les dépenses supplémentaires que va exposer une personne gravement accidentée pour partir seule en vacances, pour se rendre au spectacle, ou pour réaliser un projet occasionnel quel qu’il soit.  Car ces dépenses sont imprévisibles et ne rentrent dans aucune « case ».

une personne en fauteuil roulant au travail dans un bureau

La perte de gains professionnels futurs

Le poste « perte de gains professionnels futurs » est donc extrêmement important car si l’on cantonne la victime à un revenu trop juste, elle ne pourra jamais faire aucune économie ni aucun achat et ne pourra se borner qu’à faire face à ses dépenses essentielles.

La manière dont sont indemnisées les jeunes victimes au titre de leurs pertes de gains professionnels futurs participe, sans doute encore en partie, à cette paupérisation des personnes handicapées à la suite d’un accident grave. C’est donc un sujet qui mérite une réflexion et une attention accrues.

Dans la nomenclature des postes de préjudice indemnisables lors d’une procédure d’accident, la « perte de gains professionnels futurs » est ainsi définie :

« Il s’agit ici d’indemniser la victime de la perte ou de la diminution de ses revenus consécutive à l’incapacité permanente à laquelle elle est désormais confrontée dans la sphère professionnelle à la suite du dommage.

 Il s’agit d’indemniser une invalidité spécifique partielle ou totale qui entraîne une perte  ou une diminution directe de ses revenus professionnels futurs à compter de la date de consolidation. Cette perte ou diminution des gains professionnels peut provenir soit de la perte de son emploi par la victime, soit de l’obligation pour celle-ci d’exercer un emploi à temps partiel à la suite du dommage consolidé. Ce poste n’englobe pas les frais de reclassement professionnel, de formation ou de changement de poste qui ne sont que des conséquences indirectes du   dommage. En outre, concernant les jeunes victimes ne percevant pas à la date du dommage de gains professionnels, il conviendra de prendre en compte pour l’avenir la privation de ressources professionnelles engendrée par le dommage en se référant à une indemnisation par estimation ».

un homme retourne ses poches de pantalon qui sont complètement vides

Rien ou alors le SMIC ?

Lorsque la victime est très jeune, les compagnies d’assurances font parfois valoir qu’on ne sait pas quel métier elle aurait pu exercer, et soutiennent très souvent que le préjudice est aléatoire et qu’en indemnisant une perte de gains, on améliore le sort de la victime au lieu de le réparer. Les compagnies décident alors soit de ne pas indemniser, soit dans le meilleur des cas d’’indemniser en se basant sur le SMIC.

Le refus total d’indemnisation ne semble pourtant plus être un point de vue  tenable depuis un arrêt de la Cour de Cassation du 25 juin 2015 . L’assurance soutenait « qu’il ne peut être fait droit à une demande d’indemnisation d’un événement futur favorable qu’à la condition que cet événement ne soit pas simplement virtuel et hypothétique » et que rien ne donnait la certitude que la jeune accidentée, en l’absence d’accident, aurait travaillé une fois arrivée à l’âge adulte.

La Cour de Cassation n’a pas été de cet avis et décidait  :

« s’agissant des pertes de gains futurs, si l’expert judiciaire a effectivement conclu que Madame X. ne subissait pas un retentissement professionnel ou scolaire puisqu’elle n’exerçait à l’époque des faits aucune activité professionnelle ou estudiantine, les jeunes victimes ne percevant pas à la date du dommage de gains professionnels, il est évident qu’à 18 ans, celle-ci n’était pas destinée à rester inactive toute sa vie et qu’elle pouvait au moins prétendre à un salaire équivalent au SMIC, qu’elle était une bonne élève […] il résulte qu’elle avait un potentiel et qu’elle pouvait prétendre à un emploi rémunéré […] la cour n’a pas réparé un préjudice virtuel et hypothétique en allouant à Madame X. une indemnité ….. »

Cette décision confirmait un arrêt de la Cour d’Appel de Rennes, 2 juillet 2014, qui avait retenu le SMIC comme référence.

Il ne faut donc en aucun cas accepter que ce poste ne soit pas indemnisé au motif que la victime est très jeune lors de l’accident.

un dessin représentant les courbes du salaire médian et du salaire moyen en France

Salaire médian ou salaire moyen

La référence au SMIC, quant à elle, est peu à peu abandonnée au profit, dans de nombreux cas, des notions de salaire médian et de salaire moyen.  On ne peut plus tenir pour acquis que toute personne accidentée n’aurait nécessairement gagné que le SMIC si elle n’avait pas été accidentée. Ce serait la condamner à la pauvreté sans tenir compte de ses capacités, et indemniser finalement toutes les victimes en fonction d’un barême unique : tout le monde au SMIC ( !).

Les Cours d’Appel vont surtout utiliser les notions de salaire « médian » et de salaire « moyen ».

Le salaire médian est ainsi calculé : On sépare l’ensemble des travailleurs en deux groupes égaux : la moitié d’entre eux gagne moins que le salaire médian, tandis que l’autre moitié gagne plus. Cet indicateur n’est plus réellement fiable car d’une part les variations sont importantes en fonction de l’âge, d’autre part la part de la population dont les salaires sont bas, pour diverses raisons, a augmenté, ainsi que son pouvoir d’achat (source INSEE ).

Le salaire moyen est la moyenne des salaires de toute la population. C’est une référence plus fiable  Le salaire moyen en 2020 dans le secteur privé des services aux entreprises était de 2570EUR mensuels Il était de 3540EUR pour les services mixtes, et de 2520EUR tout confondu. (source INSEE).

Les décisions des Tribunaux

Pour une victime de 6 ans, une Cour d’Appel se fait sanctionner d’avoir retenu le SMIC « sans expliquer pourquoi elle présumait que la profession à laquelle la victime pouvait accéder ne lui aurait pas procuré des revenus supérieurs au SMIC » . Elle sera alors indemnisée en fonction du salaire médian (Cour de Cassation, Chambre Civile 2, inédit publié sur LegiFrance).

Selon les Cours d’Appel, mais aussi selon les arguments des parties, on va arriver à faire retenir le salaire médian (moins favorable) ou le salaire moyen, mais il est possible aussi de faire retenir d’autres modes de calcul plus favorables. Toutefois cela demandera une argumentation particulièrement charpentée. Il n’y a pas d’unité entre les décisions de Cours d’Appel et tout dossier devra être fortement argumenté pour convaincre.

Déjà en 2010, la Cour d’Appel de REIMS avait statué sur le cas d’un enfant accidenté à l’âge de 2 ans (REIMS 13 septembre 2010 09/01613 chambre 1 publié sur le site DOCTRINE). Elle avait jugé que compte tenu du cursus scolaire et professionnel de la famille, il ne fallait pas retenir le SMIC mais le salaire médian, qui à l’époque représentait un indicateur fiable.

La Cour d’Appel de REIMS en 2023 continue de retenir le salaire médian (CA REIMS chambre 1, 27 juin 2023 N° 22/01266). A noter que dans cette affaire traitée par LEKTOS (victime accidentée à 14 ans), le tribunal, convaincu par l’assurance qui soutenait qu’il n’y avait pas vraiment de préjudice, avait alloué 20.000€ forfaitaires, tandis que la Cour  d’Appel fait droit à une demande de 814.798€.

Attention, la totalité du futur salaire « perdu » ne sera pas retenu en entier si la victime est encore susceptible de travailler, et on lui allouera alors la différence entre le revenu net moyen français auquel elle aurait pu prétendre, et sa capacité effective de gains. (Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 14 octobre 2021, 20-13.537, Inédit publié sur LegiFrance).

Cette différence peut être considérable en fonction des bases de calcul retenues. Ainsi le tribunal judiciaire de ROUEN, lui, dans une autre affaire traitée par LEKTOS (jugement définitif) calcule la perte de gains futurs en fonction du salaire moyen des Français, soit 2530€ mensuels.  La jeune victime polytraumatisée de 17 ans, qui a lutté pour trouver un travail malgré tout, n’a perdu (selon le tribunal) que 60% de ses chances de travailler. Mais du fait que la référence est le salaire moyen, elle obtient une indemnisation plutôt favorable de 1.334.012,30€, en compensation de sa perte de gains futurs (Jugement du TJ de Rouen 27 mars 2024).

Conclusion

On voit ainsi que chaque cas est unique et qu’il faut se garder de schématiser. Il reste encore un champ infini d’argumentations pour obtenir la réparation la plus exacte et la plus juste possible de la perte de revenus futurs, en fonction d’éléments qui sont personnels à chaque victime.  Chaque cas doit faire l’objet d’une étude minutieuse, en se gardant de laisser de côté l’humain et les meilleures solutions possibles pour l’avenir d’une jeune victime.

LEKTOS AVOCATS

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Un incendie d'entrepôt déclenché par des mineurs

Incendie Causé par des Mineurs : 14 Ans de Procédure sur la Responsabilité et l’Indemnisation

Un incendie déclenché par des mineurs dans un entrepôt …… La Cour d'appel de Paris a rendu un arrêt le 21 mai 2025 concernant un incendie...
Un gigantesque toboggan aquatique entouré d'une forêt d'arbres

Accident de toboggan aquatique ou terrestre : quelle indemnisation pour les victimes ?

Que ce soit sur des toboggans aquatiques (un jeune homme amputé d’une jambe à la suite d’un accident du 14 juin 2025 , source La Provence)...
Deux routes divergentes symbolisant une rupture de relation commerciale

Rupture brutale de relation commerciale établie

Lorsqu’une entreprise entretient avec une autre une relation de partenariat (distributeur, fournisseur, par exemple) sans même avoir...
Le petit train touristique d'Ajaccio

Un accident spectaculaire : le « petit train » d’Ajaccio

En fin de matinée ce 31 juillet 2025, le dernier wagon du petit train touristique d’Ajaccio s’est renversé sur la route des Îles...
Hôpital de Lille, Jeanne de Flandre

Décès tragique d’un bébé prématuré au CHU de Lille

Cet accident particulièrement horrible a fait la une de la presse et des sites internet. Dans un service de néonatalité, une petite fille...
Des parents encadrant leurs enfants illustrant la responsabilité parentale

Responsabilité civile des parents : ce que change la loi ATTAL

Les parents sont responsables des dommages provoqués par leurs enfants. Le fondement de cette responsabilité est le fait que les parents...
Un avocat reçoit le dossier d'un client

Comment préparer son dossier avant un rendez-vous avec son avocat

Préparer un dossier avant un rendez-vous avec votre avocat est une étape essentielle qui peut vous faire gagner des mois, et qui va...
un nounours d'enfant cassé. Des touffes de coton s'échappent du nounours.

L’indemnisation des jeunes victimes d’accidents graves : la perte de leurs revenus futurs

Lorsqu’une jeune victime ressort d’un accident grave avec de telles séquelles qu’elle ne pourra jamais exercer la profession à laquelle...
une main couverte d'un gant noir essaie de voler une voiture rouge

Vol de véhicule et refus d’indemnisation

Votre véhicule a été volé ? Veillez à bien rédiger votre déclaration de sinistre ! car l’assurance peut refuser de vous indemniser …

une photo avec une infrastructure en forme d'oeil symbolisant la surveillance

Licenciement pour faute grave : une preuve illicite admise

Un enregistrement sonore réalisé par l’employeur à l’insu du salarié est-il une preuve valable pour justifier le licenciement pour faute grave ? La Cour de Cassation répond OUI

Peinture de la scène du Tonneau des Danaïdes

La location financière ou le tonneau des Danaïdes….

Vous êtes artisan, commerçant, profession libérale, PME et vous avez des besoins en équipements bureautiques, informatiques,...
un salarié dénonce son employeur et brandit l'affiche "Inspecteur du travail"

Le salarié ne commet pas de faute en dénonçant son employeur

Un salarié avait dénoncé au Procureur de la République l’existence d’heures de travail fictives dans l’entreprise. Il avait été licencié...
Les possibilités du crédit-bail : immobilier, voiture etc...

Le crédit-bail est caduc en cas de résolution de la vente

Par un arrêt rendu en Chambre Mixte le 13 avril 2018, la Cour de Cassation a opéré un revirement de jurisprudence, quant au sort du...
une main prend un immeuble pour indiquer la préemption

Fin (provisoire ?) du Droit de préemption de la commune

Lorsqu’un immeuble est divisé en lots pour être vendu, le locataire bénéficie d’un "droit de préemption" pour acheter le bien par rapport...
médecin libéral en blouse blanche

Les médecins libéraux et la fiscalité : Comment tirer parti des changements récents

Jusqu’à l’année 2022 (année de revenus), les médecins non adhérents à une association de gestion agréée (AGA) étaient pénalisés par une...
Un ouvrier victime d'un accident du travail, au sol, avec deux autres ouvriers qui lui donnent les premiers secours.

Une Révolution pour les Victimes d’Accidents du Travail

Les victimes d’accident du travail qui bénéficient d’une rente de la Caisse d’assurance maladie vont enfin pouvoir percevoir leur indemnité au titre du déficit fonctionnel permanent sans que celle-ci soit entamée, voire anéantie, par la Caisse.

Deux hommes associés à égalité se confrontent. L'un pointe un index menaçant vers l'autre. La discussion semble tendue.

Abus d’égalité – Quand un associé « abuse » dans une société à 50/50

Dans une société à 50/50, il suffit qu’un des deux associés égalitaires vote contre une décision, et il y fait échec. Il a ainsi le pouvoir de bloquer toutes les décisions même les plus ordinaires ….. Mais un droit ne devrait jamais dégénérer en abus.

Illustration au second degré : une statue de Bouddha pour symboliser la patience (une procédure de 10 ans), sur un ciel nuageux pour symboliser le côté ambivalent des décisions de justice, et la déception parfois, même si on reste zen !

Licenciement, ancienneté et calcul de l’indemnité de licenciement

10 ans de procédure pour faire juger par la Cour d’Appel de Paris qu’une convention collective est contraire à la Directive européenne CE 2000/78 et que ses dispositions sur le calcul de l’indemnité de licenciement devaient donc être écartées ….

Spectacles, festivals et Covid-19 : la question de l’assurance

Le secteur des spectacles et des festivals est (avec celui de la restauration) l’un des secteurs qui ont été frappés le plus durement par le COVID-19. Quid des assurances ?

Affiche du groupe MOTÖRHEAD au Zenith de paris le 15 novembre 2015

Spectacle vivant et assurance

A la suite des attentats de novembre 2015, le concert d’un célèbre groupe de rock prévu pour le 15 novembre 2015 au Zenith de Paris a été reporté au 2 février 2016. Finalement il a dû être annulé à cause du décès brutal d’un membre du groupe. Et l’assurance ?